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 Histoire du Roy Fol, en courtes passes et sans ordre.

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Roy Fol
Brigand en herbe
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Date d'inscription : 09/04/2012

MessageSujet: Histoire du Roy Fol, en courtes passes et sans ordre.   Mer 11 Avr 2012, 16:59

Chapitre IX
« La vigoureuse étreinte de la justice »

Deux jours de cachots.

Deux jours à boire de l'eau croupie et du pain aussi dur que du bois de charpente. Deux jours à tuer le temps en regardant les rats se chamailler pour ma pitance immangeable et à décrypter les traces gravées dans la pierre des précédents locataire de cette piaule de roche froide. Des dessins qui sentent l'ennui, la colère, l'attente et l'insomnie.
Je vois presque ces gaillards à travers leurs gravures sommaires, leurs noms laissés sur les murs, les dessins lubriques et les quelques traces d'urines, ou autre fluides corporels laissés en offrande à l'autorité.

Je vois ces hommes et ces femmes pour en connaitre si bien l'espèce. Des routiers, des écorcharts ou des coquillards, des vendangeurs, des bandouliers et leurs trois ou quatre muscardines, paillardes au rire gras comme leur cul, des taille-lards à la face plus rapiécée que mes braies, des bougresses de basse fosse qui pavanent leur viande à tout vents, le fer sous le jupon, prêtent à châtrer le premier qui aurait la bourse alourdie, des vétérans de trois guerre, la gueule de biais, et des yeux qui ont vu trop de sang pour encore s'en émouvoir, des harpailleurs, des coqueberts et des croque-lardons... Tout ce que la truandaille à trouver de meilleur à offrir à l'humanité.

Ceux qui vous racontent qu'il y a de ces familles terriblement soudées, des frères de misère prêt à y laisser une main ou une oreille pour protéger n'importe quel nigaud juste parce qu'il vivrait dans la même fosse à purin, ont abusé de la bouteille. Et ils y laisseront leur boyaux ou leurs niaiseries. Il y a bien quelques amis qui vous défendrons, mais il ne faut pas en être sur. La confiance aveugle, rien de mieux pour découvrir un beau matin une lame d'un pied et demi sous votre gorge, accompagnée du sourire édenté de ce bon copain de beurrière, que vous connaissez depuis trois printemps comme un joyeux larron.

Il y a aussi ceux qui vous apprennent, qui vous montrent et enseignent, et aussi surprenant que cela puisse paraître à un recteur d'université, ils ne font pas payer leur savoir.



J'ai vingts et ans je crois, plus ou moins. J'ai compté quatre hivers depuis que je suis cette bande d'affreux. Il y a de tout et de toute régions. Je ne me souviens même pas de tous, juste quelques trognes plus moches ou plus imposantes que les autres.

Il y a le gros Bar-sur-aube, qui avait selon ses propres dires autant de dents que de doigts à la main gauche. J'en avais compté trois plus la moitié de l'annulaire, mais il n'ouvrait pas suffisamment souvent la bouche pour vérifier. Il se disait qu'il venait du Périgord, et qu'il était né dans l'abreuvoir d'une étable à la noël. Une paire de pogne accrochées sur des bras comme mes cuisses et un visage aussi angélique qu'un groin de sanglier. Il se baladait toujours avec son gourdin, un pied de table massif et clouté, long comme un bras, qu'il surnommait Lucile. Un fou dangereux qui vous regardait avec un œil écarquillé, pendant que l'autre regarder quelques part aux alentours, jamais d'accord ces deux là. Personne n'osait lui dire d'arrêter de s'astiquer le pilon en publique, même pas l'frère Cointreau, qui pourtant était bien assez frappé pour ça.

Le frère Cointreau. Un moine défroqué, petit et grassouillet comme un barrique en soutane noire passé et blanc sale de cistercien. Il vendait des fausses reliques avant même de savoir réciter une messe en latin. Il récupérer tout les os qu'il trouvait pour les refourguer comme ceux d'un saint quelconque...Après tout, Saint George avait déjà avant lui une bonne centaine d'orteils et autant de vertèbres. Il avait les joues roses d'un marmot et pourtant la voix rêche d'un phtisique. Toujours saoul mais debout de bon matin pour bénir le vin de sa bourgogne natale.

Et il y avait aussi l'autre, qu'avait qu'une oreille en moins, et la mâchoire de travers, un vétéran de Bauge, de Cravant, de Verneuil, devenu un Piètre. Il mendiait en boitant sur une béquille et du coup il faisait pas peur à grand monde, mais je l'ai vu un jour frapper un homme jusqu'à réduire son visage à l'état de purée rougeâtre pleine d'esquilles d'os. Et encore le grand maigrelet, et son frère qui souriait à tout bout de champ pour faire croire qu'ils comprenaient ce qui se disait. Deux beaux idiots de village, de belles têtes de violeurs d'enfants à peine sortie d'une geôle.

Encore bien d'autre, des Hubains qui vendait aux rageux des dents de Saint Hubert, des Narquois qui mendiait l'épée à la main ou encore des Malingreux, décorés de faux ulcères aux jambes et au cou qui faisaient une aumône devant les hospices. Tous des Coquillards, à pionçer dans les hostellerie de pèlerins et y vendre au plus feignants des coquilles ramassées en Bretagne.

Et le vieux Ian, qu'avait un nom de famille que personne n'arrivait à prononcer. Il venait d'Allemagne, et il avait été maître d'arme d'un petit nobliau du Berry avant de déflorer la moins jeune des rentières du domaine. Il avait réussi à se sauver sans se faire couper l’attirail, mais finit la vie de château.

Il m’avait un jour levé de bon matin en me parlant de danser, de m’apprendre les secrets de quelques maîtres germaniques, de penser, de répulsion, de retirade et d’entailles, de gardes et d’estocades. Les quatre matins suivant furent de même, et je me couchais le soir, courbaturé, couvert de bleus et les doigts meurtris. Et la tête pleine de ses discours interminables qu’il étalait des heures durant auprès d’un feu.


"Garçon, me clamait il à tue-tête, c’est là l’art véritable de la lame te diront ces italiens bien peignés...
Ils disent inventer une technique, ils se contentent de lui trouver un nouveau nom, chacun selon sa fantaisie. Ils n'inventent ainsi qu'une escrime bonne pour le spectacle et le brassage d’air. Souvent, avant de porter un coup, ils en donnent délibérément deux ou trois autres dans le vide, uniquement pour le paraître, dans l'espoir qu'en paradant joliment et s'escrimaillant ainsi, ils seront loués par les ignorants. Lorsqu'ils se mettent en posture pour combattre, ils portent d'une façon lente et paresseuse des coups larges et amples qu’ils ratent exagérément, et ce faisant ils sont ralentis et offrent de vastes ouvertures…
L'escrime sérieuse se veut beaucoup plus simple et directe, sans autre perte de temps ni hésitation, comme suivant un fil ou comme si chaque élément était mesuré et pesé.

Lorsqu'un homme veut en tailler ou estoquer un autre qui se tient là devant lui, alors il lui est inutile de se complaire en une escrime qui s'en remet au petit bonheur la chance et va chercher trop loin avec de nombreux coups de taille et d'estoc devant, derrière et sur les côtés, alors qu'un seul coup suffit. Au contraire, il doit frapper directement et immédiatement à son homme, à la tête ou au corps, au plus près et le plus rapidement possible, dès qu’il peut l’atteindre, et avec une vigueur et une célérité mesurée…


Et moi j’écoutais chaque jour sa litanie, prenait la posture du toit, du fou, ou de la charrue, armée d’une lame courte qu’il me disait pouvoir rendre aussi mortelle qu’une lame bâtarde. Il m’enseignait le ballet des jambes d’appui, des estocs, des retournements et des désarmement. La philosophie du « même temps » me fascinait. Il m’apprenait qu’il ne fallait pas être en avance sur son adversaire, encore moins en retard, mais être en même temps. Agir de concert et sentir sa force au fer, sa vigueur à la taille ou à l’accrochage. Sentir le poids du corps se déplacer et connaître les membres et les articulations à tordre, malmener ou bloquer.

"Oublies ces sots qui te parleront de noblesse! L’art du combat n’a rien d’honorable. Uses de chaque faiblesses, chaque diversions, écharpes les doigts et le dos sans vergogne. J’ai connus bien bretteurs honorables, et ils sont tous morts.

Ne laisse jamais ton adversaire prendre une bouffé d’air. Qu’il touche ou manque, comme le disait mon maître le grand Liechtenauer: "frappes dedans et assaille-le, submerge-le, que tu touches ou manques".

N’écoutes pas ces beaux parleurs qui te dise que la lame est le prolongement de ton bras. Tu dois savoir lâcher ton fer, et frapper du poing, du pommeau ou de la garde."

Après quelques mois, je pouvais tenir le fer correctement, et les occasions d’en faire usage ne manquait pas. Manier la lame rend arrogant et téméraire, et je l’étais déjà bien plus que mon comptant avant de savoir reconnaître un « coup tordu », parer un « coup furieux » ou briser une garde de « la charrue ».



Je suis assis sur la paille vermoulue qui me sert de couche dans mon cachot humide. Deux jours sont autant d’éternités dans ce trou étriqué. Ces vieux souvenirs réveillent une ardeur qui n’est jamais vraiment étouffée. J’ai envie d’action, de sentir du fer crisser, de sentir dans mon bras le coup de l’acier choqué par un coup aussi rageur que malhabile.
Je regarde autours de moi. Une latte de bois vermoulue pour fer et un rat pour adversaire?


Fichtre-cul d’fiente de lépreux! Faut que je sorte de cette cave!
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