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 [RP] Maintenant tu peux lui dire adieux...

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Satyne
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MessageSujet: [RP] Maintenant tu peux lui dire adieux...   Dim 05 Fév 2012, 18:08

Rien.
Jamais je ne serai rien.
*

Rien, c'est déjà beaucoup, pourrait-elle penser les fesses enfoncées dans la neige. Des flocons épars caressant les collines du bourbonnais, seul paysage aux alentours de son nid glacé. Pas de civilisation entre deux croisements de route. Elle. Elle et son épée. Sa volonté. Un désir de folle. Peu de lucidité. Car être lucide s'est se perdre. Et elle ne le veut pas. Se raccrocher à l'idée de réussite. Briller pour quelqu'un. Peut-être un jour. Qu'on lui reconnaisse l'acte. Et ce besoin d'agir qui lui ronge les tripes. Mais rien. Maintenant, en cette heure, rien parait déjà beaucoup...

Je ne puis vouloir être rien. *

Non elle ne le peut. Etre rien s'est concédée que les autres sont meilleurs. C'est ne plus se battre. Dériver. Seule. Seule seule seule... Où est-il, lui ? Loin ? Prés ? Est-ce sur lui qu'elle s'apprête à sauter ? Ses pieds s'enfoncent doucement dans la couche neigeuse alors qu'elle se redresse. Le crissement perce le silence de la campagne environnante. Avec le chuintement de la neige. Un chuintement qui en devient assourdissant...

La gamine se secoue, faisant perdre à sa cape son éclat blanchâtre. Ses mains sont glacées sur la garde de son arme. Oui. Espoir de fou. Elle cligne des yeux doucement. Elle veut changer. Elle veut tout. Lui, elle, eux. Changer. Gagner. Avancer. Exister. Elle se cambre et rajuste la capuche qui lui dissimule le visage. Depuis combien de temps n'a-t-elle plus pensé ?


Cela dit je porte en moi... *

Une envie ? Un désir ? Le besoin de reconnaissance ? La nécessité d'avoir des amis ? Une famille ? La force d'être qui je suis ? De ne pas me plier aux autres ? D'être vraie ? Franche, sincère ? De l'amour ? De l'amour... Les sourcils se froncent quand les silhouettes apparaissent sur une des routes. Le rideau de neige dissimule encore la carriole traînée derrière eux. Mais que porte-t-elle en elle ? Doit-elle le savoir maintenant ? Elle cherche, tâte. Dix doigts glacés sont arrimés à une poignée d'épée maintenant dressée au dessus de sa tête. Prête à l'attaque. Deux de ses compagnons se glissent à ses côtés.

...je porte en moi...*

Du vide. Un écho du passé. Un gouffre. Béant. Là. A cet endroit. Les yeux se ferment et s'ouvrent. Plissés en deux fentes étroites. La carriole rebondit sur le sol glacé. Le butin se fait prometteur. A sa droite l'excitation devient palpable. Les membres se tendent. Bientôt... Plus que quelques pas dans la contrée enneigée...

Ils sont là. Deux soldats emmitouflés dans de chaudes fourrures. De quoi gêner toute résistance. Elle sourit au froid hivernal. Le vent leur griffe le visage et c'est si bon. Le coffre tombe. Les bourses s’emplissent. Les têtes cognent contre les bâtons gelés et deux corps gisent dans le fossé sur le bord de la route. Froncement de sourcil, haussement d'épaules. La vie. La vie quoi... Penser "routine" ce serait se mettre à mal.


Cela dit je porte en moi tous les rêves du monde ! *

Tous.
Lui.
Et lui.
Et encore celui-la, là bas.

Elle les veut tous. Car un rêve, c'est de l'espoir.
Un espoir de fou.
Encore...
Toujours...

L'espoir de le revoir un jour.
Son maître.



* Texte emprunté à Fernando Pessoa, bienheureux auteur portugais.

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Lordgore
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MessageSujet: Re: [RP] Maintenant tu peux lui dire adieux...   Lun 06 Fév 2012, 14:05

Dix doigts osseux s’accrochèrent aux bords d’un chapeau trop grand et entreprirent de se hisser sur la faîte, dansant sur la cime de toile, là où le vent soufflait fort. D’un coup sec le tout fût renfoncé sur le crâne maigre du Lord, et le couvre chef continua de ruisseler d’eau, bien ancré sur la tête de son propriétaire. L’homme rentra le cou dans ses épaules, resserrant à gestes lents les pans de son mantel de grosse laine. Il allait finir par attraper la mort.
 
Il suçota négligemment ses derniers chicots et finit par cracher dans un des caniveaux qui drainait l’eau à l’entrée de la Grotte. Temps de chien…
 
Depuis combien de temps faisait-il le pied de grue contre la paroi rocheuse ? Une heure, peut-être deux ? Il lui semblait qu’une éternité s’était écoulée à ses pieds. Au final que faisait-il ici ? Il renâcla sous sa large coiffe et grommela quelques termes adéquats. Il avait toujours eu la langue fine en matière de jurons. Un langage séculier transmis de père en fils. De ces mots sertis de pics qui faisaient mouche. Un pourparler d’aristocrate fangeux, relent de misère jaunâtre. Il n’était pas Lord pour rien.
 
Un sourire édenté vint ponctuer ses pensées et il ne put s’empêcher de se remémorer sa rencontre avec l’autre bourgeois de pacotille. Un gars aussi beau que mauvais, qui n’avait eu de cesse de lui faire parcourir les royaumes à la recherche de coups foireux. Ils avaient bourlingué avec toute la clique, jusqu’à ce qu’ils s’heurtent à une dispute un peu plus vivace que les autres. Leur chemin s’était séparé en Berry, quand il avait pris le parti de suivre la gamine. Elle n’avait pas pardonné l’abandon. Et n’aurait plus l’occasion de le faire.
 
Un goût métallique vint noyer sa bouche, et au fond de sa gorge la culpabilité devint acide. Coupable… De quoi ? Il fit un geste las de la main, demandant une reddition à sa conscience.
 
Oui, il y avait longtemps qu’il aurait du le faire.
N’était ce pas pour cela qu’il était devant ce repère ?
Car en cette heure il était temps…
 
Le vieux poussa un court soupir, et remit sa carcasse en plein vent.

 
 
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Satyne
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MessageSujet: Re: [RP] Maintenant tu peux lui dire adieux...   Jeu 10 Mai 2012, 20:30

Rapines, procès, prison, une suite logique pour qui donnait dans le métier depuis de nombreuses années. Voilà comment s'était déroulé sa "campagne" en bourbonnais. Non seulement listée, Satyne avait fini dans les geôles de Montpensier, tenu d'y croupir quelques jours avec les autres malandrins du coin. Ce genre de situations ne lui étaient pas inconnues, mais pourtant cette fois-ci ce fut l'esprit las qu'elle s'en acquitta. Il fallait dire que l'hiver tendait un froid glacial dans tous les recoins des royaumes, et que la neige ne lâchait plus la campagne environnante coupant retraite aux plus téméraires. Ce fut long, ennuyeux, et peu instructif.

Lorsque la gamine émergea à la lueur d'un soleil tremblotant elle flottait encore plus dans ses chemises et un teint blafard tirait ses traits déjà saillants. Hagarde, affamée, quelques écus en poche, elle s'en revint au bercail, comme un agneau revenait les yeux fermés à sa mère. La Grotte pouvait être un asile pour qui cherchait vraiment à s'y enterrer... Les pieds traînants, la jeune femme y retourna, et prit rapidement possession d'une pièce renfoncée dans les méandres de ce labyrinthe infect. Une planche, de la paille et une cuvette d'eau occupaient alors un espace confiné où l'air s’appesantissait de relents méconnus. Qui avait besoin de meubles de toute façon ? Ho ça la gamine avait le don de persuasion, mais dans ce cas là on l'avait rarement pour soi même...

Au fond d'elle, en rappel constant, Satyne savait que cet état latent ne pourrait durer. Qui survivait de toute façon dans la misère ? Elle n'avait jamais été paysanne et ne souhaitait pas l'être. Le calcul était vite fait... Maussade elle passait de la taverne à sa cage, et de sa cage à la taverne. Menton bas, moral en berne. Pas de projet, pas de compagnon de route, pas d'envie, pas de motivation... Quelques constatations qui résumaient bien le moment présent.

Ce jour là, ou cette nuit, ce fut assise à la table de la taverne de la Grotte qu'on la retrouva. D'un doigt méticuleux elle s'appliquait à gratter le vernis écaillé d'une des tables dépareillée du lieu. Avait-elle toujours été là ? D'après les moulures qui ornaient les pieds, elle n'en était pas certaine. Aussi, assise contre le plateau de bois, elle se prenait à rêver à d'autres lieux, et d'autres époques, là où un mobilier pareil n'aurait pas dénoté avec le reste des murs. Un sourire nostalgique s'afficha sur son visage, et elle se souvint avec une mélancolie surprenante du temps qu'elle avait passé au bordel.

Malgré le travail pour lequel elle devait s'affairer à un jeune âge, il y faisait bon, on y mangeait à sa faim, et les draps étaient la plupart du temps propres... La jeune femme posa sa joue sur ses bras croisés, et essaya de remonter lentement la ronde des souvenirs qui l'envahissaient. Qu'avait-elle à faire de mieux ?

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Dernière édition par Satyne le Ven 11 Mai 2012, 22:01, édité 1 fois
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Satyne
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MessageSujet: Re: [RP] Maintenant tu peux lui dire adieux...   Jeu 10 Mai 2012, 21:08

[Septembre 1452]

La douleur fuse dans son bras. Engourdi le membre semble pourtant se tendre sous les battements de son coeur. A chaque pulsation une petite douleur se rappelle à la gamine, roulée en boule sur le flanc. Livide. Les cheveux en bataille. L'écume aux lèvres. Sur le poignée de cette dernière 5 marques rouge tracent l'emplacement d'une poigne de fer. Par Aristote... Elle a mal...

L'envie de mourir est forte. Mais avoir envie c'est au final être encore en vie. Une larme perle au delà des paupières closes. Le regard n'est plus fixe, c'est déjà ça de pris. Elle a réussi à fermer les yeux sur le décor de cette chambre qui lui donne envie de vomir.

Tiens... Encore... Une "envie"...
Les paupières se ferment avec plus de force.

Qu'espère-t-elle au fond ? Revenir à sa chambre d'enfant auprès d'un père ivrogne ? Un père qui n'a pas hésité à la vendre pour quelques écus, promesse d'un vin saumâtre. Elle lui ressemblait. Trop. Voilà l'argument de base qu'il a osé lui confier quand il la faisait passer entre les mains de la maquerelle. Qu'y peut-elle si sa mère est morte en couche ? A-t-elle déterminé du fond des ténèbres d'où elle venait ce dessein funeste ? Son père a l'air de le croire. Doit-elle y accorder de l'importance au final ? Voilà longtemps qu'il ne lui avait adressé la parole, jusqu'à ce moment là, où il s'était expliqué confusément tandis qu'il confiait son sac de voyage à une inconnue. Une explication, non même pas en fait, une phrase lâchée comme un pavé dans une marre...

Ho... Elle avait pleuré. Juré même. Supplié par la suite. Mais rapidement un coup bien placé l'avait remise à sa place, tandis qu'on la traînait jusqu'aux cuisines.
Elle avait 10 ans.

Deux ans... Deux ans s'étaient écoulés.
Ophélie était devenue Satyne.
Sa-ty-ne.

En fait ce surnom ridicule ne remontait qu'à quelques jours seulement. On avait alors commencé à la farder comme une poupée, des rubans de satin ceint à ses chevilles. Les autres filles s'étaient montrées conciliantes, mais aucune n'avait voulu expliquer. Quand elle questionnait un silence contrit faisait place à des échanges de regards. Il y avait un sous entendu... C'était sûr... Mais tout cela lui avait échappé.

Les sous entendus c'était vraiment trop compliqué...

"Au Jupon blanc". Une enseigne pimpante pour un bordel d'aussi vile réputation. Ha ça les lieux étaient propres ! La maquerelle soucieuse de l'hygiène de ses filles les poussait souvent au bain. Mais au final un bordel restait un bordel comme elle l'apprendrait à ses dépens. Souvent elle se prenait à sourire quand elle entendait la grosse mère se vanter des mérites de son"établissement". Une importance contenu dans un si petit mot.

Un mensonge.
Un de plus.

Pourquoi ne s'était-elle pas risquée à demander ? La peur ? L'espérance ? La soumission ? Maintenant, fourbue, pétrie de douleur sur un lit tâché de sang elle ne se souvenait plus. On l'avait juste poussé dans les étages, lui envoyant quelques oeillades et des encouragements à demi mot. Propulsée dans une chambre le battant de la porte avait claqué derrière elle, et un tour de clef l'avait enfermé dans l'étroite pièce. Sur une literie refaite de frais un homme corpulent lissait sa moustache grasse jusqu'à ses joues rebondies. L'hésitation avait été de mise. Il faut dire qu'elle n'avait jamais été habituée à minauder. Son vis à vis s'était levé, et d'un geste impérieux avait désigné le matelas de paille. Yeux rétrécis, elle n'avait pas compris, pourtant sa tournée vite dans sa tête. A vrai dire, depuis deux ans qu'elle était chargée du ménage dans la salle commune et dans la cuisine, elle ne s'était pas beaucoup interrogée sur les activités des autres filles.

L'homme avait alors poussé un soupir, et l'avait attiré à lui d'un geste ferme. Une main plaquée sur un endroit précis de son anatomie avait arraché un cri à "Satyne" qui avait fini jeté brutalement sur le lit.

Elle ne voulait pas se souvenir de la suite.
Et ne s'en souviendrait pas.

La maquerelle avait pris pour habitude de vendre ses vierges aux notables du village. Elle leur laissait toujours quelques heures de répit pour se remettre de ce premier coup de sang. Il faut dire que les notables ne faisaient pas toujours dans la dentelle. Elle demandait juste d'épargner les minois de ses donzelles. Bon quelques dents déchaussées ne se voyaient pas outre mesure la bouche fermée... Mais quand même... Le premier coup d'essai d'Ophélie avait été fructueux puisque c'est une bourse pleine d'écus qu'elle rangea au coffre dans la soirée. La petite avait été secouée, et s'est un bras en écharpe qu'elle finit la semaine.

Les clients se succédèrent par la suite.
Les uns après les autres.
Toujours plus de clients.

Jusqu'à ce qu'il apparaisse.
"Lui".


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